
L’opinion d’une nutritionniste
Fannie Dagenais, diététiste-nutritionniste, directrice et porte-parole du groupe ÉquiLibre.
" Décortiquer l’impact des aliments sur le cerveau est fascinant". Cependant, on ne peut pas s’attaquer au problème de l’obésité en adoptant un regard strictement biologique. Les facteurs sociaux et psychologiques qui poussent une personne à manger sont aussi importants que les facteurs physiologiques, sinon plus.
Souvent, on a tendance à manger trop lorsqu’on se trouve entre amis, ou lorsqu’on célèbre une fête en famille. À d’autres moments, on mange en réponse à nos émotions. Lors d’une journée stressante au bureau, après une rupture amoureuse, quand on s’ennuie... Et on est constamment entouré d’images de nourriture, d’odeurs, d’abondance. Ça rend les choses d’autant plus difficiles.
Chez certaines personnes, les facteurs sociaux et psychologiques ont une telle influence qu’elles ne ressentent pratiquement plus les signaux de la faim et de la satiété. Il s’agit pourtant de précieux cadeaux de la nature, qui nous aident à réguler notre prise de calories.
On observe la même chose chez les femmes qui suivent des diètes à répétition. Elles sont tellement concentrées sur les calories, les « points » associés à chaque aliment – une approche prisée par certaines diètes populaires –, qu’elles deviennent déconnectées de leur corps. Elles ne font plus la distinction entre une « vraie » faim et une « fausse » faim. Je dis souvent que si c’est une vraie faim, même un bol de légumes va faire l’affaire.
Collectivement, je crois qu’on doit apprendre à réduire le niveau de stress dans notre société. À reprendre contact avec notre corps, avec les plaisirs de la vie. Il sera alors plus facile de manger de tout, de façon équilibrée, sans faire d’abus.
Catherine Bégin, spécialiste des troubles alimentaires, professeure-chercheuse au Département de psychologie de l’Université Laval.
« L’analyse du Dr Kessler est intéressante, mais elle n’explique pas pourquoi certaines personnes vont effectivement devenir "accro" à la nourriture, tandis que d’autres, qui ont accès aux mêmes aliments et qui sont exposées aux mêmes messages publicitaires, ne développent pas une telle accoutumance.
Dans mon groupe de recherche, on s’intéresse aux femmes qui ont un problème de surplus de poids. On cherche à comprendre pourquoi certaines arrivent à perdre du poids puis à maintenir un poids santé, tandis que d’autres retombent dans leurs mauvaises habitudes. Contrairement à ce que certains pourraient croire, ce ne sont pas nécessairement les personnes qui viennent de milieux socio-économiques défavorisés qui ont le plus de difficulté à maintenir leur poids santé. Les femmes que nous voyons viennent de tous les milieux.
Nous avons découvert que les femmes qui vivent des sentiments négatifs sont tout particulièrement vulnérables. Elles ont une mauvaise estime d’elle-même. Elles ont souvent des symptômes qui s’apparentent à ceux de la dépression ou de l’anxiété. Plusieurs de ces femmes voient la nourriture comme une stratégie de gestion, ou de régulation de leur état psychologique.
Certaines nous disent qu’elles mangent parce qu’elles se sentent vides à l’intérieur. Dans ces cas, suggérer de remplacer les aliments camelote par des aliments sains ne suffit pas. Ces femmes ont besoin de la stimulation qu’elles trouvent dans les aliments. Je ne dis pas qu’il faille faire une psychanalyse à chaque femme qui a un problème de poids, mais ça aide d’aller au fond des choses.